jeudi 29 octobre 2015

Transcription interview à René Magritte

Sujet

René Magritte (1898 – 1967) est un peintre surréaliste belge. Après avoir fréquenté l’Académie royale des beaux-arts de Bruxelles, il fait connaissance avec des groupes surréalistes de Bruxelles et en 1927, il rencontre le surréalisme parisien avec tous ses représentants (d’André Breton à Salvador Dalí).
Quant à la caractéristique de ses œuvres, elles jouent souvent sur le décalage entre un objet et sa représentation. La peinture de Magritte s’interroge sur sa propre nature et sur l’action du peintre sur l’image, c’est-à-dire que sa peinture n’est jamais une représentation d’un objet réel, mais l’action de la pensée du peintre sur cet objet.

Transcription 




I : Interviewer
R : René Magritte
H : invité


I          je crois qu’une dé- démarche essentielle de votre art c’est de défamiliariser ce qui est banale ou ce qui est familier
R         oui en effet eh je cois qu’il y a un sentiment familier de la poésie et ce sentiment familier de la poésie ça serait ce que par facilité j’appellerai ce le sentiment de touriste
I          oui
R         qui vont chercher très loin la poésie et la poésie qu’ils trouvent ils la connaissent d’avant il s’agit d’une poésie familière donnée par des choses très étrangères alors que le familier lui peut être l’occasion de découvrir la poésie qui n’est pas familière la poésie inconnue

((montrant un tableau))
La traversé difficile tel est le titre de ce tableau traversé des
apparences sans doute par un œil possédant le pouvoir de franchir
l’opacité l’œuvre de magritte est un théâtre merveilleux

I          pensez-vous que ce soit aussi une sorte de désir dans les hommes de voir des objets qu’ils ont l’habitude de voir dans un certain état ou dans une certaine situation un désir de les voir ailleurs qu’ils sont d’habitude
R         ah je crois eh que profondément ils ont ce désir déjà depuis longtemps on aurait aimé de voir l’homme dans l’air et on a pensé à l’avion on a voulu voir l’homme où il n’était pas d’habitude

I          est-ce que la peinture de magritte ne fait pas apparaître comme une vie secrète qui habiterait le monde
H         oui tout à fait je pense qu’il nous montre cette autre côté des choses il nous montre ce prolongement de de l’image concrète eh dans ses aspects les plus abstrait si l’on veut mais au point de vue de la pensée c’est pourquoi d’ailleurs je ne parle jamais de peinture dont il s’agit de magritte je parles des pensées-images ce sont des pensées-images et ça je tiens beaucoup à ce mot auquel je crois il souscrit chaque chose est le fruit d’une illumination qu’il lui découvre le mystère de la chose le mystère du monde à travers la chose contemplée et c’est c’la qu’il nous livre et c’est c’la qui est précieux et remplaçable chez lui

R         en ce qui me concerne je peints des images où qu’illustrait si l’en veut le contraire de cette idée de la poésie que deux images éloignées doivent se rencontrer c’était une portre dans laquelle il y avait une ouverture par laquelle on peut passer on peut voir par cette ouverture le ciel ou la nuit bien sûr toute chose visible cache autre chose de visible  
I          oui
R         et en cette occurrence c’est le ciel ou la nuit
I          vous donnez des titres qui sont des poèmes en eux-mêmes mais qui peut surprendre celui qui regarde votre tableau vous montrez par exemple deux pommes qui porte l’une et l’autre un loup et vous appelez ça
R         le prêtre marié
I          oui alors ça peut tout de même surprendre le spectateur
R         oui
I          pourquoi donnez-vous des titres de ce genre
R         pour que le titre soit à la hauteur de l’image il faut qu’il surprenne aussi le spectateur
I          et qu’il est une sorte d’évidence en lui-même
R         mais qu’il corresponde au tableau non pas d’une manière rationnelle pas d’une manière logique mais une correspondance poétique
I          il y a parfois dans vos peintures un sentiment assez étrange qui se dégage je vois une pierre en suspend en plein ciel et à ce moment-là moi j’éprouve un sentiment d’angoisse mais j’imagine qu’on peut éprouver autre chose

R         h. oui je vous éprouvez ce sentiment d’angoisse parce que vous êtes sensible à c- à cette image si l’on y est sensible on doit éprouver de l- du divertisse ou de l’angoisse mais d’autre part je ne crois pas que le mystère soit quelque chose de connaissable c’est l’inconnaissable et il se peut que cet inconnaissable provoque chez nous de la joie également et lorsque nous rencontrons une image de l’inconnu nous pouvons croire être dépaysés mais en fait je crois que nous somme repaysés nous sommes là où nous désirons nous trouver


Synthèse

Dans cette interview il est question des motifs de René Magritte qui le motivent à peindre des œuvres qui se trouvent au dehors de leur contexte habituel et aussi des effets que les tableaux suscitent chez les contemplateurs.
Selon Magritte, le connaissable se trouve dans l’inconnaissable, c’est-à-dire que dans cette inconnue on retrouve ce qui nous est familier.

En outre, on pourrait dire que Magritte compare sa peinture à la poésie. En fait, je partage cette désignation car la poésie possède une vertu mnémotechnique et en plus, elle parle à notre esprit. Ces aspects sont réalisés par les œuvres de Magritte.

Et finalement, voilà des tableaux: 


Le prêtre marié, 1961
Le faux miroir, 1928

La trahison des images, 1928-29

Le viol, 1934

Traduction No. 13 : Le paysan honnête



1.    La traduction
En 1736, un soir d’été, un marchand français quittait une ville où il avait fait des commerces. A cette époque, il y avait peu de bonnes routes et le marchand faisait son voyage à cheval comme la plupart des gens.
Il faisait chaud et un orage s’approchait de l’ouest ; le marchand espérait pourtant atteindre (2) une autre petite ville avant la tombée de la nuit. Mais soudain, il commença à pleuvoir et le voyageur n’arriva pas à trouver le bon chemin. Et comme le cheval était épuisé par le long voyage qui lui était impossible de le continuer.
Heureusement, il rencontra un pauvre paysan (1) et son fils qui étaient en train de rentrer. Ceux-ci eurent pitié de lui et l’invitèrent à entrer dans leur foyer, qui était fort simple. Ils ajoutèrent poliment qu’il pourrait s’y reposer un peu (2) . Le marchand fut nourri le mieux possible et le cheval fut également sauvé bien qu’il boitât (3) fortement.
Après avoir dormi plusieurs heures, le marchand se sentit reposé. Mais à peine ouvert les yeux qu’il s’aperçut que lui manquait son portefeuille en cuir – il avait contenu cent pièces. Il soupçonna immédiatement le paysan de lui avoir volé le trésor pendant qu’il dormait. Mais il ne lui en dit rien jusqu’au lendemain.
Avant son départ, il dit au paysan : « Je suis désolé de ne pas pouvoir vous récompenser comme je le désirerais. Mais il semble que vous m’ayez privé des moyens de me montrer reconnaissant. Je n’ai plus un sou et je dois vendre mon cheval malade pour continuer mon voyage.» Ainsi, le pauvre paysan se rendit compte que son vol avait été découvert et il dut rendre l’argent à son hôte.

2.    Explications de grammaire
a)      La place des adjectifs «honnête» et «pauvre» (1)
L’adjectif est normalement placé derrière le nom qu’il complète sauf dans le cas des adjectifs courts qui sont généralement placés devant le nom (comme par exemple beau, bon, grand, gros, faux, haut, jeune, joli, mauvais, meilleur, nouveau etc.). Attention: Certains adjectifs peuvent être placés avant ou après le nom, mais leur sens change en fonction de leur position. Voilà quelques adjectifs utilisés dans cette traduction:
pauvre
§  le pauvre homme
= un homme qui est à plaindre
§  un homme pauvre
= un homme qui n’est pas riche
honnête
§  l’honnête homme
= un homme qui a des moeurs
§  l’ homme honnête
= un homme poli qui reçoit bien ceux qui le visitent
simple
§  une simple maison
= une maison seule, unique
§  une maison simple
= une maison qui a de la simplicité





b)       La concordance des temps (2)
 La concordance des temps s’applique aux phrases subordonnées soit à l’indicatif soit au subjonctif. Ici, le verbe de la phrase principale («ajouter») est un verbe qui exige l’indicatif. En plus, l’action du verbe de la subordonnée aura lieu dans le futur par rapport à l’action du verbe de la phrase principale. La concordance s’effectue donc selon la règle suivante:

Phrase principale
 Rapport temporel
 Phrase subordonnée
 Temps passé (p.c., plus-que-parfait, imp., passé simple)
 Posteriorité
 Conditionnel présent




c)      L’usage du subjonctif après «bien que» (3)
La phrase choisie dans le texte est une concessive qui se met au subjonctif avec la locution conjonctive «bien que».

3.    L‘intrigue
Ce petit conte, mis au début du XVIIIe siècle, porte sur l’honnêteté de l’homme. Un marchand français, surpris par un orage, ne peut pas poursuivre son voyage. Il est abrité par un paysan croisant son chemin. Pourtant, la générosité de ce dernier n’est que prétendue, car il vole cent pièces à son hôte pendant la nuit. A la suite de son séjour, le marchand accuse le paysan  et démasque ainsi la situation. En résumé, cette histoire est en contradiction avec le titre qui insinue l’honnêteté du paysan pauvre tandis que celui-ci se révèle au contraire comme malhonnête et un pauvre paysan.


Traduction révisée Andrina

Le poids du monde
Hier, j’ai rencontré une femme qui m’a dit qu’elle m’avait vu, il y a dix ans, très maigre avec un pantalon de velours. C’était une femme qui avait déjà été partout et qui avait parlé partout avec les gens du pays pour connaître leurs modes de vie. Elle avait aussi fait tout ce qu’on devait avoir fait selon la mode présente. Maintenant elle était ici dans la capitale pour « prendre des contacts pour un garçon que je connais depuis longtemps ». Elle habite en Champagne avec un physicien et un sociologue; ils possèdent une poule qui pond quelquefois un œuf. Tout à coup j’ai eu besoin de boire une eau-de-vie sur quoi elle a voulu aller acheter une salade et un avocat. Elle avait la manie de toujours raconter tout ce qu’elle avait déjà fait, tout ce qu’elle était en train de faire et tout ce qu’elle ferait; et quand je lui ai demandé si elle n’était peut-être pas quelquefois paresseuse, elle s’est sérieusement indignée, sur quoi je lui ai dit qu’il était pourtant dommage de voir combien de personnes inoccupées faisaient immédiatement et continuellement état de leurs innombrables occupations. Puis je lui ai raconté l’histoire de R. Mitchum et de sa piscine et que je préférais aussi, comme lui, répondre à tous ceux qui me demandaient ce que j’étais en train de faire: « Rien. Je suis couché comme toujours à côte de ma piscine. » Je me suis éloigné vite de la femme et je lui ai dit qu’on se reverrait peut-être dans dix ans. Après, j’ai eu un peu pitié d’elle, mais je ne sais pas jusqu’à présent de quelle façon on peut aider ces gens-là à se trouver soi-même et à rencontrer les autres. Peut-être en leur donnant une gifle?
(d’après P. Handke, dans Le poids du monde, un journal)


Explication de grammaire
1.     Le contraste entre le passé composé et l’imparfait : On utilise le passé composé pour des actions ponctuelles qui sont terminées et entières. Cependant on choisit l’imparfait pour des actions du passé dont la durée de l’action n’est pas définie, pour les descriptions et pour les actions qui se répètent.
2.     Attention au verbe « demander » ! Nombreuses des personnes pensent à cause de l’allemand que c’est « demander qch qn » (complément d’objet direct). Mais c’est faux. Il s’agit d’un complément indirect, donc « demander qch à qn. Un autre verbe qu’on utilise souvent incorrectement est « aider ». Celui-ci est lié à un complément direct, donc « aider qn ».
3.     Concordance des temps dans le discours indirect: Si le verbe de la phrase introductive est au présent (ex.: il dit), les temps du discours restent les mêmes. Dans certains cas il faut changer la personne du verbe (1re personne 3e personne) ou les adverbes temporels. Exemple : Il dit : «Je me lave tous les matins.» Il raconte qu’il se lave tous les matins.
Si le verbe de la phrase introductive est à un temps du passé (ex: il disait), il faut faire une modification des temps du discours. Le tableau suivant présente les règles de la concordance des temps :

Discours direct
Discours indirect
Présent
Imparfait
Passé composé/passé simple
Plus-que-parfait
Imparfait
Imparfait/plus-que-parfait
Futur simple
Conditionnel présent
Futur antérieur
Conditionnel passé
Conditionnel présent
Conditionnel présent
Conditionnel passé
Conditionnel passé
Ex : Il a dit : «Elle a fait un gâteau.»
Il a dit qu’elle avait fait un gâteau.
Il a raconté : «Dans un mois, je serai à Paris.»
Il a raconté qu’un mois plus tard, il serait à Paris.

Le thème du texte
Peter Handke est un écrivain et traducteur autrichien et est né en 1942. Le poids du monde, écrit entre novembre en 1975 et mars 1977, est composé de 14 carnets et constitue son journal. Mais selon Laurent Javaloyes et Pierre Maillet « ce n'est pas un journal au sens habituel du terme; il ne s'agit ni d'introspection, ni de considérations sur le cours du monde, mais de notations anonymes - encore que personnelles au plus haut point - accessibles à chacun. » Donc, il s’agit ici d’un texte à la première personne qui nous raconte une expérience personnelle avec une femme. Celle-ci ne fait pas grande chose dans sa vie et ne travaille pas, mais en même temps elle observe toujours les autres, commente leurs actions et se plaint d’eux. Le journal est fait de situations différentes où « transparaît un autre poids du monde, celui qu'on porte sur le dos sans forcément le savoir »[1].