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dimanche 1 novembre 2015

Traduction par Jevaire Sulejmani



a) Traduction

 L’invisible
Au crépuscule, j’allai à la grande place au centre de la ville. Ce n’étaient pas ses couleurs ou sa vivacité que je cherchais. Je les connus bien. Je cherchai un petit tas brun au sol, qui ne se composait même pas d’un voix mais d’un seul son. C’était un « è-è-è-è-è-èh » profond, étiré et bourdonnant. Il n’augmentait jamais, ni diminuait et il ne s’arrêtait non plus. Et parmi tout ces appels et cris de la grande place il était toujours perceptible. C’était le son le plus constant de la place Djema el Fna, qui ne changeait ni pendant une soirée, ni du soir au soir.

Déjà de loin, je tentai de l’écouter. Une agitation, pour laquelle je n’avais pas d’explication, m’y poussa. Je serais sûrement allé à la Place, beaucoup de choses m’y attiraient, et je ne doutais jamais de le retrouver, avec tout ce qui lui appartenait. Mais de ce voix, réduit à un seul son, je ressentais quelque chose comme angoisse. Il était presque vivant, la vie qu’il faisait naître, n’était rien d’autre que ce son. J’étais avide et anxieux de l’écouter et chaque fois, j’arrivais à un point de mon chemin, toujours le même, où je l’écoutais, comme le bourdonnement d’un insecte : « è-è-è-è-è-èh ».

Je sentis un calme inexplicable s’étaler dans mon corps entier, et d’abord en pas hésitants et chancelants, je m’approchai avec une détermination vers le son. Je savais où il était. Je connaissais ce petit tas brun au sol, dont je n’avais jamais vu plus qu’un morceau de tissu rugueux. Je n’avais jamais vu la bouche, dont sortait le « è-è-è-è-è-èh » ; ni l’œil ; ni la joue ; aucun part du visage. Je n’aurais pas pu dire, si ce visage était celui d’un aveugle ou s’il voyait.


b) Points de grammaire

Conditionnel
Le conditionnel est le mode utilisé lorsque celui qui parle envisage l’action comme liée à une condition. Il est souvent précédé d’une subordonnée circonstancielle de condition.

Ex. Si j’avais de l’argent (subord. circ. de condition), j’achèterais une maison (conditionnel).

A retenir : Le verbe de la subordonnée circonstancielle de condition, introduit par si, ne peut jamais se mettre au conditionnel, même si on l’entend souvent à l’orale !

Si j’aurais à Si j’avais !

Le conditionnel existe au présent (j’irais) et le passé, dont il y a deux forme (je serais allé(e)/ je fusse allé(e)).

Pronoms relatifs composés

(Masc. Sing.)          Lequel                      +À : auquel                             +DE : duquel                          +AVEC : avec lequel
(Fém. sing.)            Laquelle                   +À : à laquelle                         +DE : de laquelle                   +AVEC : avec laquelle
Masc. Pl.                 lesquels                   +À : auxquels                          +DE : desquels                       +AVEC : avec lesquels
Fem. Pl.                   lesquelles                +À : auxquelles                       +DE : desquelles                    +AVEC : avec lesquelles

Accord du participe passé des verbes pronominaux

Les verbes pronominaux forment tous leurs temps composés avec être.

Je me suis coupé.

Lorsque le pronom (me, te, se) est le complément d’objet direct (COD) du verbe (se rencontrer, se baigner), le participe passé s’accorde en genre et en nombre avec ce pronom COD qui renvoie au sujet.

Florence et Anne (suj. fém. pl.) se (COD) sont baignées (fém. pl.) dans la rivière.

Lorsque le pronom est le complément d’objet indirect (COI) du verbe (s’acheter, se dire), le participe passé ne s’accorde pas avec ce pronom.

Elle s’ (suj. COI) est dit des choses terribles (COD après le verbe).

Mais il peut s’accorder avec un groupe nominal COD placé avant le verbe.

Tu peux imaginer les choses (fém. pl.) que (COD avant le verbe) je me suis dites (fém. pl. accord avec le COD).



c) L’œuvre

L’invisible est un chapitre d’un journal de voyage au Marrakech par Elias Canetti. En 1953, il y fait un séjour et restitue avec « Les voix de Marrakech » non seulement les bruits, mais aussi les couleurs et les odeurs de la grande ville marocaine dans l'intimité de sa vie quotidienne.
Elias Canetti, né le 25 juillet 1905 en Russe, Bulgarie était un écrivain d’expression allemande. Il a longtemps résidé en Suisse jusqu’à sa mort en 1994 à Zurich.

jeudi 8 octobre 2015

Traduction "Veilchenfeld", Marina Paladino

Veilchenfeld  

Dans l’Allemagne nazie, en 1939, un professeur de philosophie juif, Veilchenfeld, est condamné à l’exil dans une petite ville de province, où il est isolé et malheureux. Ses voisins, qui sont des gens bons, se du souci pour lui. Le narrateur, alors petit garçon, se souvient…

« S’il avait au moins une maison avec un plus grand jardin », disait la mère au père, « à la périphérie de la ville il y en a. En haut, à la Birkengasse, il y a même une qui est vide. Là, il pourrait se bouger1 sans qu’on le voie. Tandis que là où il habite maintenant… Ce sont toujours les six ou les sept mêmes pas qu’il peut faire. Il tourne constamment sur son axe, il devient petit à petit fou ».
« Et comment devrait-il savoir qu’il ne pouvait pas quitter son jardin s’il voulait se bouger », demanda-t-elle le père, qui connaît très bien notre philosophe de ses visites. « Oui », disait la mère, « pour un philosophe, il a beaucoup changé. Malheureusement, il va très mal ». 
Quand monsieur Veilchenfeld allait en ville pour acheter du pain, il couvrait son visage avec son chapeau pour qu2’au moins on ne le puisse pas reconnaître de loin. Et chaque fois qu’il entrait dans un magasin, et le magasin n’était pas vide, il se posait dans un coin et cédait son tour à tous, même à nous.
Ce matin, quand il nous a vu dans la rue, il nous a salué mais nous a dit de ne dire à personne que nous l’avions vu. Moins on parlait de lui, mieux c’était.3
Ou, qu'il n'était qu'une apparition, qu'il disparaîtrait bientôt ou, simplement, que nous devions l'oublier.


Explications grammaticales

1) « Si » (hypothèse) + concordance des temps
Dans certaines situations, le conditionnel est imposé par le principe de concordance des temps. On le retrouve notamment dans la construction avec "si" en proposition subordonnée.
(N.B. : Le conditionnel est utilisé pour exprimer une hypothèse, une incertitude, etc. Il y a trois types de conditionnel :
I) Le conditionnel réel - S'il ne pleut pas on joue au foot.
II) Le conditionnel irréel dans le présent - Si j'étais encore jeune, je ferais le tour du monde.
III) Le conditionnel irréel dans le passé - Si j'avais eu l'argent, j'aurais payé l'amende. )

2) « pour que » déclenche un subjonctif
(N.B. : Le subjonctif du verbe être est irrégulier : je sois, tu sois, il soit, nous soyons, vous soyez, ils soient)

3) « Mieux c’est », est une expression fixe


Thème principal
Ce livre de Gert Hofmann, rédigé en 1997, décrit les commencements du régime nazi en Allemagne et la violence qui y apparaît contre les juifs et ceux qui pensaient différemment.  
Veilchenfeld, c’est le nom d’un professeur de philosophie juif qui est condamné à l’exil pendant cette époque-là. Il souffre de troubles psychiques, il évite tout contact et la dernière issue pour lui, c’est de s’empoisonner.
Hofmann fait outil de la langue infantile, c’est-à-dire que l’histoire vient racontée par Hans, le fils du médecin.

mardi 6 octobre 2015

Traduction - Le premier homme

Le premier homme (après Albert Camus) 
Dans le couloir du train à Saint-Brieuc, un homme regardait le paysage étroit et plat défilant, qui se répandions de Paris à la Manche. La tête découverte, le visage long et les facies ténus, le regard bleu et, au ce moment l’homme a apparu, malgré ses quarante ans, mince dans son imperméable. Un peu plus tard, le train arrêta et l’homme descenda en marche rapide. A Saint-Brieuc il dirigea sa démarche vers le cimetière. Il demanda de lieu la carré des morts de la guerre de 1914. « Oui », disait le garde, « vous cherchez quel nom?» - « Henry Cormery » répondait le voyageur. Le garde ouvra un grand livre. Son doigt terreux s’arrêta: « Cormery Henri, blessé mortel dans la bataille de Marne, mort à Saint-Brieuc le 11. Octobre 1914. – « C’est ca», disait le voyageur. Le garde ferma le livre. « C’est un apparenté? Il demandait étourdi. – C’est mon père. – C’est dur, disait l’autre. – Mais non, je n’avais pas eu un an quand il est mort. – Oui, disait le garde, quand même. Il avait trop des morts. » « Voilà, c’est ici. » disait le garde. Cormery s’approcha à la dalle et la regarda étourdi. Oui, c’était vraiment son nom. Il releva ses yeux. Autour de lui dominait le silence. Dans ce moment il lit sur la tombe le date de naissance de son père qu’il ne connaissait pas comme il découvrit du même coup. Puis il lit les deux dates, « 1885 – 1914 » et calcula automatiquement : vingt-neuf ans. Tout au coup il vint l’idée qui l’ébranla jusqu’au son corps. Il avait quarante ans. L’homme reposé sous cette dalle, qui était un père, était plus jeune que lui. Et le flot de caresse et pitié, que lui remplit le cœur à la fois, n’était pas le mouvement d’âme que le fils sent en se souvenant de son père perdu, mais la pitié que l’homme adulte sent d’un enfant assassiné injust, il n’existait pas de l’ordre, mais la folie et le chaos, là, ou le fils était plus âgé que le père. 

Grammaire 
1. Le participe présent peux être employer comme… 
a) une relative déterminative b) une relative appositive (« le paysage défilant») c) uns subordonnée circonstancielle 
2. Après que la parole soit indiquer, il faut invertir le verbe et le sujet (« disait le voyageur ») 
3. Concordance des Temps - Distinction des descriptions des états (imparfait) et au contraire de l’action (passé simple ou passé composé) « Dans ce moment il lit sur la tombe le date de naissance de son père qu’il ne connaissait pas comme il découvrit du même coup.» 

Résumé 
Dans le texte „Le premier homme“ il s’agit d’un homme qui cherche la tombe de son père. Il n’avais pas connu son père et toujours croyait qu’il était mort à la guerre. Pourtant, quand il arrive à la tombe de son père prétendu, il réalise que cette personne ne peut pas être son père comme il est plus jeune que lui. Sa réaction – une blague ou déni?

jeudi 24 septembre 2015

1) TRADUIRE: 'Jean-Luc persécuté' d'après C.-F. Ramuz.

A) JEAN-LUC PERSÉCUTÉ

Jean-Luc Robille prît son chapeau et son bâton après avoir mangé, parce qu’on eut convenu qu’il irait cette dimanche à Sasseneire pour regarder une chèvre. Alors il donnait un bisou à sa femme, puisqu’il l’aimait beaucoup et ils étaient mariés depuis deux années seulement. Elle lui demanda : « Quand seras-tu de retour ? » Il répondit : « Vers six heures. Maintenant je dois me dépêcher, parce que Simon m’attend, et il ne l’aime pas quand on le laisse attendre. » Mais avant qu’il quitta la maison, il pénétra dans la chambre sur la pointe des pieds et alla vers le berceau ou dormait le petit, qui naquit il y un an. « Fais attention ! » s’écria Christine. Il s’est déjà penché en avant, mais il ne la baisa pas comme il l’aurait voulu faire encore avant, il regarda seulement comme il dormait. C’était un garçon costaud fut allongé d’onze mois et deux semaines (car au début on compte encore les semaines et les jours), ses choux étaient vernies et la grande tête ronde fut sur le coussin. Le berceau qui fut fait par Jean-Luc lui-même, car il était menuisier de métier et il travailla même dans ce métier avant de prendre en charge la maison de sa mère. Alors il se pencha un moment au-dessus du berceau, puis il retourna dans la cuisine et ouvrit la porte. « Adieu, ma femme », dit-il et la baisa encore une fois.
(…)
Il retourna à la maison plus tôt que prévu, monta les escaliers, poussa le loquet ; la porte était fermée. Il pensa : »Elle sera allée chez Marie », il se courba et prit la clé sous le tas de bois ou on l’avait caché. Puis il pensa : « Je veux voir si elle se trouve chez Marie. » Là il ne la trouva pas et Marie n’avait pas vu Christine, ainsi le mari de Marie qui lisait le journal et leva maintenant les yeux et dit à Jean-Luc, puisqu’il aimait plaisanter : « Si on a une femme on ne peut pas la laisser seule. » Jean-Luc ne répondit rien, il était inquiété.

B) EXPLICATION DE GRAMMAIRE

1. Concordance des temps :
 a) imparfait b) passé composé c) passé simple

a) L’imparfait décrit une action dans le passé qui est une répétition, un état ou une action qui est interrompu par une autre étape dans le récit. Exemple : Elle dérangea son père qui lisait le journal.

b) Le passé composé décrit une action finie dans le passé. L’action commence et fini au passé et elle a une certaine influence au présent ou même au futur. Exemple : Elle s’est levée, puis elle a pris une douche et finalement elle a mangé son petit-déjeuner.

c) Le passé simple a les mêmes caractéristiques comme le passé composé, mais dans la langue soutenue voire littéraire. Exemple : Le Duc d’ Anjou naquît en 1551 à Fontainebleau et fut élevé (passé antérieur) par Jéléna, sa maîtresse qui l’emmena toujours à la messe dans la cathédrale de Notre-Dame à Paris.

2. Pronoms et leurs positions
Les pronoms se placent toujours avant le verbe conjugué, sauf s’il y a dans la phrase un verbe à l’infinitif, dans ce cas-là le pronom se place avant l’infinitif. Exemple : Je vais la lui donner. (donner qc. à qn.)
aider à qn.--> je lui aide.
aimer qn.-->je l’aime.

3. Les connecteurs logiques de raison :
parce que (weil), car (denn), alors (also, so), puisque (weil) Exemples : Il mangea parce qu’il avait faim alors il prit le pain et le coupa puisqu’il l’aimait ainsi.

C) THÈMES EXPRIMÉS DANS L’EXTRAIT ET LEURS SIGNIFICATIONS

Jean-Luc quitte sa femme et lui dit adieu pour s’occuper de ses affaires. Déjà l’expression « adieu » indique au lecteur qu’il ne la reverra probablement jamais, parce que si on était convaincu de se revoir on dirait plutôt « au revoir » au lieu de « adieu ». En outre mentionne le mari de Marie qu'il ne faut jamais laisser sa femme seule, Avec la disparition de Christine ce commentaire taquinant obtient une signification plus large et lourde. Bref, cet extrait nous dévoile la puissance des petits mots.